Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Les airfryers échappent aux PFAS les plus dangereux selon les dernières analyses de laboratoire, mais tous ne se valent pas en matière de sécurité sanitaire et environnementale. La question des revêtements antiadhésifs divise depuis l’explosion commerciale de ces friteuses sans huile, alors que la réglementation française vient de clarifier sa position en février 2025.
Les analyses menées en mars 2025 par UFC Que Choisir sur six modèles d’airfryers révèlent qu’aucun PFAS interdit par la réglementation européenne n’a été détecté dans les revêtements testés. Ces substances per- et polyfluoroalkylées, surnommées « polluants éternels », sont particulièrement surveillées depuis que leur impact sanitaire et environnemental a été documenté. Le PFOA, l’un des plus toxiques, est d’ailleurs interdit depuis juillet 2020 dans tous les objets du quotidien vendus en Europe.
Cependant, l’absence de PFAS interdits ne signifie pas l’absence totale de composés fluorés. La majorité des airfryers utilisent encore du PTFE (polytétrafluoroéthylène), le fameux téflon, qui appartient techniquement à la famille des PFAS. La différence cruciale réside dans leur stabilité thermique : le PFOA commence à se dégrader progressivement à partir de 200°C en conditions de laboratoire, tandis que le PTFE reste stable jusqu’à 260°C en usage domestique. Puisque les airfryers n’atteignent généralement pas ces températures critiques, le risque d’exposition aux substances toxiques demeure minimal en conditions normales d’utilisation.
La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS a créé une distinction inattendue concernant les ustensiles de cuisine. Alors que le texte initial prévoyait leur interdiction dès janvier 2026, un amendement parlementaire les a finalement exclus du champ d’application pour « laisser le temps aux industriels de trouver des alternatives ».
Cette décision contraste avec l’interdiction programmée des cosmétiques, vêtements et farts de ski contenant des PFAS dès 2026, suivie d’une extension à tous les textiles en 2030. Les emballages alimentaires seront interdits au niveau européen dès août 2026 via le Règlement UE 2025/40, tandis que les ustensiles de cuisine restent exclus de toute interdiction pour le moment. Cette approche progressive reflète la complexité du remplacement des PFAS dans les applications nécessitant résistance thermique et propriétés antiadhésives.
Tous les PFAS ne présentent pas le même profil de dangerosité. Le PTFE utilisé dans les revêtements d’airfryers est considéré comme relativement stable en usage normal, à condition de respecter certaines précautions. Les véritables dangers apparaissent lorsque le revêtement est rayé, abîmé ou soumis à des températures excessives dépassant 260°C.
Les PFAS problématiques incluent notamment :
La persistance environnementale constitue le point commun critique de tous les PFAS. Leur structure moléculaire basée sur des liaisons carbone-fluor extrêmement stables leur confère une durée de vie de plusieurs siècles dans l’environnement. Ces substances contaminent progressivement l’eau, les sols et remontent la chaîne alimentaire, s’accumulant dans les organismes vivants.
Au-delà de la question des PFAS, les airfryers soulèvent une préoccupation sanitaire distincte liée à la formation d’acrylamide. Cette substance classée comme probablement cancérigène par l’Agence européenne de sécurité des aliments se forme naturellement lors de la cuisson à haute température d’aliments riches en amidon.
Des tests menés par la Korea Consumer Agency ont révélé que les frites cuites en airfryer à plus de 200°C durant le temps maximal présentaient des taux d’acrylamide 3,4 fois supérieurs aux standards européens, atteignant 1 720 µg/kg. Le problème provient de la combinaison température élevée et cuisson prolongée, particulièrement critique avec les modes manuels permettant de dépasser les 200°C.
Les recommandations de l’EFSA sont claires : privilégier une cuisson en dessous de 175°C pour les frites, car la température influence davantage la formation d’acrylamide que la durée de cuisson.
Cependant, la formation d’acrylamide dépend fortement de la température et du type d’aliment : même à des températures modérées comme 170 °C, des niveaux significatifs peuvent se former si le temps de cuisson est long. Cela souligne l’importance de suivre les programmes préenregistrés des fabricants plutôt que d’utiliser le mode manuel, afin de limiter les risques.
La marque belge GreenPan s’est imposée dès 2007 comme le premier fabricant mondial à proposer un revêtement antiadhésif sans PFAS, bien avant que cette préoccupation ne devienne grand public. Sa technologie propriétaire Thermolon, fabriquée à partir de dérivés de sable, constitue une alternative 100% minérale et naturelle aux revêtements fluorés traditionnels.
Les airfryers GreenPan, commercialisés fin 2023 sur le marché français, déclinent cette technologie éprouvée sur les ustensiles de cuisson. Le modèle Bistro XXL de 7,2 litres affiche explicitement l’absence totale de PFAS, PTFE, PFOA et plomb dans son revêtement céramique. La gamme propose également le Bistro Dual Zone équipé de deux tiroirs réglables séparément, permettant de cuire simultanément des aliments à températures différentes.
Les performances techniques du modèle Elite Convection atteignent 1 800 watts avec une plage de température de 80°C à 230°C, couvrant 13 fonctions incluant friture à air, cuisson au four, rôtissage, gril, réchauffage et déshydratation. Le revêtement céramique résiste aux rayures et ne libère aucune émanation toxique même à haute température, contrairement au PTFE qui peut commencer à se dégrader au-delà de 260°C. Cette stabilité thermique élimine le risque d’inhalation de fumées nocives lors d’une surchauffe accidentelle.
Face aux préoccupations croissantes, plusieurs technologies de revêtement émergent sur le marché français. Le revêtement céramique s’impose comme l’alternative la plus populaire, fabriqué à partir de dérivés du sable et dépourvu de composés fluorés. Des modèles comme le Bourgini Air Fryer Slimfit XXL certifient l’absence totale de PFAS, PTFE, PFOA, BPA et PFHxA dans leur revêtement céramique de 8 litres.
Les technologies émergentes incluent :
Le modèle Terraillon Cook & Fry XL illustre cette transition, affichant explicitement un panier sans PFAS et une fenêtre de visualisation pour surveiller la cuisson. Cependant, l’absence de certifications standardisées complique la vérification des allégations marketing. La loi californienne AB1200 exige depuis janvier 2023 la divulgation des substances chimiques sur les ustensiles de cuisson vendus en Californie, mais de nombreux fabricants ne respectent pas cette obligation faute de mécanismes de contrôle internationaux.
L’impact écologique des PFAS dans les airfryers dépasse largement la question sanitaire individuelle. Ces polluants éternels contaminent les écosystèmes aquatiques et terrestres pendant des siècles après leur mise au rebut. La bioaccumulation dans la faune, observée chez les mammifères et oiseaux, perturbe durablement les chaînes alimentaires.
La France prévoit d’établir une cartographie nationale des sites émetteurs de PFAS et un plan de dépollution ambitieux, financé par une taxe pollueur-payeur applicable dès 2026. Cette démarche reconnaît que le coût environnemental de la dépollution des PFAS représente un fardeau considérable pour les économies.
Le recyclage des appareils électroménagers contenant des PFAS pose un défi technique majeur. Les revêtements fluorés ne peuvent être facilement séparés des autres composants, conduisant à une dispersion des polluants lors du traitement des déchets. Cette réalité pousse progressivement l’industrie vers des solutions alternatives, bien que la transition reste lente face aux contraintes de coûts et de performance.
Pour limiter l’exposition aux PFAS et à l’acrylamide simultanément, plusieurs stratégies concrètes s’imposent. Vérifier l’état du revêtement avant chaque utilisation reste fondamental : toute rayure ou écaillage compromet l’intégrité du revêtement et peut libérer des particules dans les aliments.
Les bonnes pratiques incluent :
La surveillance de la réglementation européenne s’intensifie avec les nouvelles interdictions progressives des PFAS dans différents secteurs, ce qui pourrait inciter les fabricants à accélérer leur transition vers des alternatives plus sûres. En attendant, la transparence des marques sur la composition exacte de leurs revêtements reste limitée, rendant difficile une comparaison objective basée uniquement sur les informations commerciales disponibles.
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