Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
La France figure parmi les trois pays de l’Union européenne qui collectent le plus de déchets électriques et électroniques par habitant. Selon les données publiées le 14 octobre 2026 par Eurostat, 17,7 kg ont été récupérés par habitant en 2024, contre 12,3 kg en moyenne dans l’UE. Seules la Bulgarie et la Tchéquie font mieux.
Ce classement favorable masque pourtant une difficulté : la France reste sous l’objectif européen de collecte. Car récupérer beaucoup d’appareils usagés ne suffit pas à mesurer l’efficacité d’une filière. Il faut également tenir compte des quantités d’équipements commercialisés et de la proportion qui rejoint les circuits officiels de collecte.
Le classement européen pour 2024 place la Bulgarie en tête avec 18,9 kg de déchets électriques et électroniques collectés par habitant, devant la Tchéquie (17,8 kg) et la France (17,7 kg).
À l’autre extrémité, Chypre n’en collecte que 4,7 kg par habitant, contre 6 kg au Portugal et 6,4 kg à Malte.
Ces statistiques concernent les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) : réfrigérateurs, machines à laver, téléviseurs, ordinateurs, smartphones, lampes, outils électriques ou encore panneaux photovoltaïques. Elles englobent les équipements ménagers comme professionnels, dans le périmètre défini par la réglementation.
Les différences entre pays reflètent notamment les volumes d’équipements consommés, leur renouvellement et le fonctionnement des dispositifs de récupération. Un pays peut donc collecter davantage de kilos par habitant sans nécessairement atteindre un meilleur taux de collecte.
La réglementation européenne ne fixe pas simplement un nombre de kilos à récupérer par personne. Pour la méthode utilisée notamment par la France, l’objectif annuel correspond à 65 % du poids moyen des équipements mis sur le marché au cours des trois années précédentes.
À l’échelle de l’Union européenne, le taux de collecte calculé selon cette méthode atteint seulement 39 % en 2024. Quatre pays dépassent le seuil de 65 % : la Bulgarie (83,1 %), la Slovaquie (67,2 %), la Tchéquie (67 %) et la Lettonie (65,1 %).
La directive européenne 2012/19/UE autorise également une autre méthode, fondée sur 85 % des déchets d’équipements estimés produits pendant l’année. En 2024, neuf États membres utilisent cette méthode pour évaluer l’atteinte de leur objectif, dont deux, la Pologne et l’Autriche, atteignent le seuil fixé.
En France, le bilan national publié par l’ADEME en juin 2026 fait état de plus de 1,2 million de tonnes de déchets électriques et électroniques collectées en 2024, pour environ 2,3 millions de tonnes d’équipements mis sur le marché.
L’agence indique un taux de collecte de 56,2 % hors panneaux photovoltaïques. Ce périmètre spécifique diffère de celui des statistiques européennes agrégées. Les panneaux photovoltaïques font notamment l’objet d’un objectif français calculé à partir des déchets estimés produits pendant l’année.
La troisième place française pour les kilos récupérés par habitant ne signifie donc pas que le pays respecte son objectif de collecte. Elle ne constitue pas non plus un classement des meilleurs taux de recyclage, qui reposent sur d’autres indicateurs.
Le bilan européen révèle une évolution marquée sur neuf ans. Entre 2015 et 2024, la quantité d’équipements électriques et électroniques mis sur le marché de l’UE est passée de 8 à 14,6 millions de tonnes, soit une augmentation de 82 %.
Dans le même temps, les déchets collectés ont progressé de 72 %, passant de 3,2 à 5,5 millions de tonnes. Les dispositifs de récupération traitent donc des volumes croissants, mais leur progression reste inférieure à celle des équipements commercialisés sur cette période.
Les gros équipements, notamment les appareils électroménagers et les panneaux photovoltaïques, ont largement contribué à la hausse des volumes mis sur le marché. Eurostat précise toutefois que les quantités commercialisées par habitant sont restées presque stables entre 2022 et 2024.
L’écart entre les équipements vendus et les déchets collectés ne correspond pas directement à des appareils abandonnés. Un réfrigérateur, un ordinateur ou un panneau solaire peut rester utilisé pendant de nombreuses années. D’autres équipements sont conservés après leur remplacement, revendus ou transmis à un nouvel utilisateur.
Les statistiques officielles ne retracent pas non plus parfaitement tous les flux. Certains équipements échappent aux déclarations, notamment lorsqu’ils sont récupérés ou traités par des circuits informels. Les ventes transfrontalières et les producteurs ne respectant pas leurs obligations déclaratives peuvent également compliquer le suivi.
Le taux européen de 39 % ne signifie donc pas que les 61 % restants ont été jetés dans la nature ou avec les ordures ménagères. Il mesure une quantité officiellement collectée par rapport à une référence réglementaire fondée sur les équipements commercialisés.
En France, l’ADEME comptabilise 45 017 tonnes d’équipements ayant bénéficié du réemploi ou de la réutilisation en 2024.
Ces opérations permettent à certains appareils de poursuivre leur utilisation plutôt que d’être immédiatement orientés vers le traitement des déchets. Elles se distinguent du recyclage, qui consiste à récupérer des matières pouvant entrer dans de nouveaux cycles de production.
La collecte séparée reste indispensable pour les équipements véritablement hors d’usage. Certains contiennent des substances nécessitant une dépollution adaptée, tandis que d’autres renferment du cuivre, de l’aluminium ou différents matériaux récupérables. Le recyclage ne garantit toutefois pas la récupération intégrale des matières présentes dans chaque appareil.
Pour les particuliers, plusieurs solutions existent en France : faire réparer un équipement, le donner lorsqu’il fonctionne encore, utiliser la reprise gratuite proposée lors de l’achat d’un appareil équivalent ou le déposer dans un point de collecte dédié. Certains magasins acceptent également les petits appareils usagés sans obligation d’achat, selon leur surface de vente et les catégories concernées.
Le service public Que faire de mes équipements électriques et électroniques ?, proposé par l’ADEME, permet d’identifier les solutions adaptées et de rechercher des lieux de réparation, de réemploi ou de collecte à proximité.
Les appareils électriques et électroniques ne doivent pas être jetés avec les ordures ménagères. Avant de donner, revendre ou recycler un téléphone ou un ordinateur, il convient également de sauvegarder ses fichiers et d’effacer ses données personnelles.
Crédit image : JosefLehmkuhl / Wikimedia Commons — licence CC BY-SA 3.0. Image d’illustration.