Paralysie supranucléaire : un risque accru près des sites qui polluent l’eau
Une étude publiée dans la revue Neurology associe le fait de vivre à environ 5 kilomètres d’un site industriel rejetant des polluants dans l’eau à un risque plus élevé de paralysie supranucléaire progressive, une maladie neurodégénérative rare. Chez les riverains de sites émettant des pesticides, le risque est supérieur de 66 %. Le travail, mené au Royaume-Uni sur 221 malades, établit une association et non un lien de cause à effet.
Des chercheurs de la Harvard Medical School ont croisé les adresses de participants de la cohorte britannique UK Biobank, qui suit plus de 500 000 adultes, avec la localisation des installations industrielles déclarant des rejets dans l’eau. Leurs résultats, publiés le 28 octobre 2026 dans Neurology, la revue de l’American Academy of Neurology, concernent la paralysie supranucléaire progressive (PSP), une affection du cerveau dont la cause reste inconnue.
Le signal porte sur quatre familles de polluants, avec des écarts de risque compris entre 38 % et 66 %. Le risque absolu de développer la maladie reste toutefois faible, quel que soit le lieu de résidence, ont souligné les auteurs.
Une maladie rare qui touche l’équilibre et le regard
La PSP fait partie des syndromes parkinsoniens atypiques. Elle se caractérise par l’accumulation anormale de la protéine tau dans certaines cellules cérébrales, ce qui la classe parmi les tauopathies, comme la maladie d’Alzheimer. Les premiers signes sont souvent des troubles de la marche et de l’équilibre, avec des chutes, suivis d’une difficulté à diriger le regard vers le haut ou vers le bas.
Il n’existe à ce jour aucun traitement capable de ralentir son évolution. Une piste environnementale est explorée depuis plusieurs années, notamment à partir d’observations faites en France.
221 malades comparés à plus de 2 000 témoins
Les chercheurs ont identifié 221 participants ayant développé une PSP, à partir des codes de diagnostic enregistrés dans leurs dossiers de santé. Chaque malade a été apparié, selon l’âge et le sexe, à une dizaine de participants indemnes. L’exposition a été estimée d’après l’adresse de résidence en 2007, en excluant les personnes installées depuis moins d’un an.
Les installations retenues sont celles qui déclaraient des rejets dans l’eau au registre européen des rejets et transferts de polluants (E-PRTR) : stations de traitement des eaux usées, usines chimiques, élevages aquacoles intensifs et centrales thermiques. Les polluants ont été regroupés en six catégories.
Environ un tiers des malades vivaient à moins de 5 kilomètres d’un de ces sites, contre un quart des témoins. L’écart est plus marqué pour certaines familles de substances.
| Polluants rejetés par le site | Malades vivant à proximité | Témoins vivant à proximité | Risque après ajustement |
|---|---|---|---|
| Pesticides (atrazine, simazine, diuron) | 16 % | 11 % | +66 % |
| Polluants inorganiques (phosphore, azote, fluorures) | 38 % | 28 % | +60 % |
| Polluants organiques (benzène, éthylbenzène, toluène) | 36 % | 28 % | +52 % |
| Métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) | 38 % | 31 % | +38 % |
L’ajustement tient compte de l’âge, du sexe et du niveau d’études. Aucune association n’a été observée pour les solvants chlorés ni pour les polluants organiques persistants dans l’analyse principale.
Le risque diminue avec la distance
Deux éléments renforcent la cohérence du signal. Le risque diminue de façon linéaire à mesure que le domicile s’éloigne des installations, entre 5 et 10 kilomètres. La durée d’exposition semble aussi jouer : avoir vécu plus de 40 ans au même endroit est associé à un risque accru près des sites rejetant des métaux lourds ou des polluants organiques et inorganiques, ce qui n’est pas le cas pour des durées plus courtes.
Plusieurs limites empêchent de conclure à une causalité
L’étude ne mesure ni la qualité de l’eau consommée par les participants ni leur exposition réelle. Habiter près d’un site qui rejette des polluants ne signifie pas boire une eau contaminée, ni respirer ou ingérer ces substances.
Les parcours professionnels n’étaient pas suffisamment documentés pour évaluer une exposition au travail, qui peut aller de pair avec le lieu de vie. Beaucoup d’installations rejetaient en outre plusieurs familles de polluants à la fois, ce qui empêche d’attribuer l’effet à une substance précise.
Le nombre de malades reste réduit, et la cohorte UK Biobank, très majoritairement britannique, n’est pas représentative de toutes les populations. Les auteurs classent eux-mêmes leur travail au niveau de preuve III de l’échelle de l’American Academy of Neurology, qui en compte quatre. Ils appellent à confirmer ces résultats par d’autres études, y compris en laboratoire.
Wattrelos, le précédent du Nord de la France
L’hypothèse environnementale doit beaucoup à une observation française. En 2015, une équipe de neurologues a décrit dans Neurology un regroupement inhabituel de cas autour de Wattrelos et de Leers, dans le Nord : 92 patients atteints de PSP identifiés entre 2005 et 2014 par le service de neurologie du centre hospitalier de Wattrelos, pour un bassin d’environ 51 500 habitants.
Sur la période 2005-2012, l’incidence observée y était 12 fois supérieure à celle attendue. Le secteur a accueilli pendant la majeure partie du XXe siècle des activités de traitement de minerais de chromate et de phosphate, de teinture textile et de tannerie, et des déchets industriels subsistent près des zones habitées. Les auteurs évoquaient une contamination importante par des métaux industriels.
En 2020, des travaux publiés dans Scientific Reports ont montré que le chrome et le nickel, retrouvés en excès dans l’environnement de Wattrelos, augmentaient la quantité de protéine tau et provoquaient la mort de neurones cultivés en laboratoire. Ces expériences, menées sur des cellules et à des doses non reliées aux expositions réelles, ne démontrent pas que ces métaux sont à l’origine du foyer nordiste.
L’étude britannique ne porte pas sur la France et ne permet pas d’évaluer le risque autour des sites industriels français. Dans l’Hexagone comme dans les départements d’outre-mer, les exploitants d’installations industrielles soumises à autorisation ou à enregistrement, de certains élevages et des stations d’épuration de plus de 100 000 équivalents-habitants déclarent chaque année leurs rejets dans l’eau et dans l’air, qui alimentent le registre français des émissions polluantes.
Sources principales
- Neurology : Proximity to Water Pollutant Facilities and Risk of Incident Progressive Supranuclear Palsy (Zhao et al., 28 octobre 2026)
- American Academy of Neurology : Living near water-pollution sources associated with rare brain disorder (communiqué du 28 octobre 2026)
- Neurology : A geographical cluster of progressive supranuclear palsy in northern France (Caparros-Lefebvre et al., 2015)