Nappes phréatiques : 63 % des points sous les normales, la baisse s’accentue

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Nappes phréatiques : 63 % des points sous les normales, la baisse s’accentue
  • 63 % des points suivis sont sous les normales mensuelles au 1er août.
  • Cette proportion atteignait 54 % fin juin et 44 % un an plus tôt.
  • 94 % des points d’observation ont encore baissé pendant juillet.
  • Les eaux souterraines fournissent près des deux tiers de l’eau potable consommée en France hexagonale.

Les nappes phréatiques françaises se dégradent rapidement en ce début d’août. Au 1er août 2026, 63 % des points de surveillance présentent un niveau inférieur aux normales mensuelles, contre 54 % fin juin et 44 % à la même période en 2025. Au cours du seul mois de juillet, 94 % des points d’observation ont encore baissé.

Cette évolution concerne une ressource essentielle : en France hexagonale, les eaux souterraines représentent près des deux tiers de la consommation d’eau potable et plus du tiers de celle du monde agricole. Elles sont également utilisées par l’industrie.

La situation s’est nettement dégradée en un mois

La baisse des nappes pendant l’été est un phénomène saisonnier. À partir du printemps, la reprise de la végétation et la hausse de l’évapotranspiration réduisent la quantité de pluie susceptible de rejoindre les eaux souterraines. Entre mai et octobre, sauf précipitations suffisamment importantes, les niveaux diminuent généralement jusqu’à l’automne.

En 2026, cette vidange s’accentue. Fin juillet, seuls 16 % des points suivis affichaient des niveaux supérieurs aux normales et 21 % des niveaux comparables. Les 63 % restants étaient en dessous. Fin juin, la répartition était de 22 % au-dessus des normales, 24 % autour de la normale et 54 % en dessous.

L’écart avec l’année précédente est également marqué. Au 1er août 2025, 56 % des points présentaient encore un niveau proche ou supérieur aux normales mensuelles. Cette proportion n’est plus que de 37 % un an plus tard.

Ce que signifie un niveau sous les normales

L’indicateur ne mesure pas le volume total d’eau restant dans les nappes. Pour chaque point de surveillance, le niveau observé est comparé aux mesures enregistrées pour le même mois sur une chronique d’au moins quinze ans et pouvant dépasser cent ans. Un niveau sous la normale signifie donc qu’il est inhabituellement bas pour cette période de l’année.

Les situations peuvent aussi varier fortement au sein d’une même région ou d’un même système aquifère. Les niveaux sont actuellement très bas dans les nappes du socle limousin et des calcaires de la Côte des Bars. Des niveaux bas concernent notamment le Morvan, l’est du Massif central, les calcaires jurassiques des Charentes, la plaine nord d’Alsace, la Lorraine, le Jura et la craie de Champagne. La nappe des formations de la Vistrenque conserve à l’inverse un niveau élevé.

Les orages d’été ne rechargent pas toujours les nappes

Le déficit de pluie efficace observé depuis mai, les températures élevées et les prélèvements contribuent à la baisse généralisée. Les épisodes orageux estivaux ne se traduisent pas automatiquement par une recharge importante : une partie de l’eau peut ruisseler, tandis que la végétation et l’évapotranspiration réduisent la quantité atteignant les aquifères.

La réaction varie selon la géologie. Les nappes réactives, présentes notamment dans les sables, les graviers, les calcaires karstiques ou les granites altérés, peuvent se recharger rapidement après de fortes pluies, mais aussi se vider rapidement en période sèche. Les nappes inertielles, présentes notamment dans la craie, les calcaires non karstiques ou les grès, évoluent beaucoup plus lentement.

Les nappes complètent le signal déjà observé dans les cours d’eau

Cette dégradation des eaux souterraines complète celle constatée dans les petits cours d’eau français au début du mois d’août. Les deux indicateurs décrivent toutefois des composantes différentes du cycle de l’eau : le réseau ONDE observe l’écoulement de petits cours d’eau, tandis que le suivi des nappes repose sur des mesures piézométriques effectuées dans les eaux souterraines.

Une rivière très basse ou à sec n’implique donc pas automatiquement qu’une nappe voisine se trouve au même niveau de dégradation. Inversement, une nappe peut être inhabituellement basse alors que certains cours d’eau conservent encore un écoulement. Ces différences dépendent notamment de la géologie, des connexions entre eaux souterraines et superficielles, des précipitations et des prélèvements.

Près de 70 % du territoire est soumis à des restrictions d’eau

La baisse des nappes intervient alors que les mesures de restriction se sont fortement étendues. Au 9 août, les 99 départements métropolitains avaient atteint au moins le niveau de vigilance. Parmi eux, 67 départements étaient concernés par le niveau de crise et 21 par l’alerte renforcée. Près de 70 % du territoire français faisait alors l’objet de restrictions d’usage de l’eau.

Ces niveaux ne correspondent pas nécessairement à une restriction uniforme dans tout un département. Les préfets définissent les zones d’alerte, les ressources concernées et les mesures applicables localement. Au niveau « crise », le plus élevé, les prélèvements peuvent être totalement ou partiellement interdits pour certains usages afin de préserver notamment la santé, la sécurité civile, l’eau potable et la salubrité.

La baisse devrait se poursuivre au moins pendant le mois d’août

Le BRGM prévoit une accentuation de la vidange sur la quasi-totalité des nappes au moins pendant le mois d’août. En septembre, la diminution des besoins en eau et la fin progressive de la campagne d’irrigation devraient ralentir cette baisse.

Pour les nappes inertielles déjà orientées à la baisse, cette tendance devrait se poursuivre jusqu’à l’automne. L’évolution des nappes réactives dépendra davantage des précipitations estivales. Les nappes du socle limousin et des calcaires de la Côte des Bars figurent déjà parmi les situations les plus préoccupantes.

Sources principales

Crédit image : Union européenne, Copernicus Sentinel-3 — CC BY 4.0. Image d’illustration.

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