Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Les petits cours d’eau de France hexagonale ont atteint à la fin de juillet leur situation la plus dégradée jamais observée à cette période depuis le début du suivi national en 2012. Au 1er août 2026, 1 373 stations de l’Observatoire national des étiages, soit près de 43 % des points suivis, présentaient un écoulement interrompu ou un assec, selon le bilan diffusé le 3 août par l’Office français de la biodiversité (OFB).
Au 1er juillet 2026, l’OFB recensait 819 stations en situation d’écoulement non visible ou d’assec. Leur nombre a donc augmenté de 554 en un mois pour atteindre 1 373 au début d’août.
La situation dépasse celle de l’été 2022, avec 112 stations supplémentaires touchées à date comparable. Elle représente également plus du double du niveau observé à la même période en 2025.
Ce record doit être précisément délimité : il s’agit de la situation la plus critique observée à cette période de l’année depuis le déploiement national du réseau ONDE en 2012, et non d’une comparaison avec l’ensemble des sécheresses survenues auparavant en France.
La dégradation concerne toutes les régions, mais elle est particulièrement marquée sur un axe allant de la Vendée au Grand Est, ainsi que dans le centre-sud du pays.
La Creuse, la Vendée, la Loire-Atlantique, l’Aveyron, la Côte-d’Or, la Nièvre, les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime figurent parmi les départements les plus touchés. Cette liste ne constitue pas un classement exhaustif : la situation peut fortement varier entre les bassins versants d’un même département.
Les petits cours d’eau situés en tête de bassin réagissent rapidement au manque de précipitations et à l’assèchement des sols. Leur alimentation dépend aussi de la géologie locale, de la végétation, des nappes souterraines et des prélèvements destinés notamment à l’eau potable ou à l’irrigation.
Le bilan national ne permet toutefois pas d’attribuer l’état de chaque station à une cause unique. Les étiages estivaux font partie du fonctionnement naturel de certains cours d’eau, mais leur intensité et leur durée peuvent être renforcées par les conditions météorologiques et les usages de l’eau.
Le réseau ONDE comprend environ 3 230 stations, majoritairement installées sur de petits et moyens cours d’eau en tête de bassin. Ces secteurs ne disposent pas toujours d’une station hydrométrique permettant de mesurer en continu leur débit.
Le suivi usuel est réalisé une fois par mois entre mai et septembre, généralement autour du 25. Les agents de l’OFB classent visuellement chaque station selon plusieurs situations :
Les 1 373 stations recensées au 1er août regroupent donc des sites où de l’eau subsiste sans écoulement visible et des tronçons majoritairement à sec. Le chiffre ne signifie pas que 1 373 rivières entières ont perdu toute leur eau.
ONDE fournit une photographie homogène de la situation à une date donnée, mais ne mesure ni le volume d’eau restant, ni le débit, ni la durée exacte de l’interruption. L’état constaté sur une station ne peut pas non plus être automatiquement étendu à toute la longueur du cours d’eau.
Lorsque l’écoulement s’interrompt, les zones où l’eau subsiste deviennent des refuges isolés. Les poissons, les invertébrés et les amphibiens ne peuvent plus circuler entre ces espaces pour rejoindre un habitat plus favorable ou une zone de reproduction.
La diminution du volume d’eau favorise aussi son réchauffement et réduit sa capacité à diluer certaines pollutions. Ces conditions peuvent dégrader la qualité du milieu et provoquer la mortalité des organismes les moins mobiles lorsque les dernières zones en eau continuent à se réduire.
Le bilan ONDE ne recense cependant pas directement les mortalités animales ni l’état écologique complet de chaque station. Les conséquences dépendent notamment de la durée de l’assec, de la température de l’eau, de sa qualité et de la possibilité pour les espèces de rejoindre d’autres habitats.
Les données recueillies par l’OFB peuvent contribuer à la gestion des épisodes de sécheresse, mais un assec ne déclenche pas automatiquement la même restriction dans toutes les communes voisines. Les préfets s’appuient sur plusieurs indicateurs, dont les débits des rivières, le niveau des nappes, la situation de l’alimentation en eau potable et les seuils prévus par les arrêtés-cadres.
Au 3 août 2026, les données nationales de VigiEau indiquaient que 17,21 % de la surface métropolitaine se trouvait au niveau « crise », 27,78 % en « alerte renforcée », 20,11 % en « alerte » et 18,02 % en « vigilance ».
Ces pourcentages décrivent la superficie couverte par chaque niveau de gravité. Ils ne correspondent ni à la part de la population soumise à des restrictions ni au nombre de cours d’eau asséchés. Les mesures applicables à une adresse doivent être vérifiées sur la carte officielle VigiEau, car elles évoluent avec les arrêtés préfectoraux.
Crédit image : Florian Pépellin / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Image d’illustration.