Agriculture carbone : l’UE adopte ses premières méthodes de certification

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Agriculture carbone : l’UE adopte ses premières méthodes de certification
  • La Commission européenne a adopté trois méthodes communes pour certifier certaines activités agricoles, agroforestières et forestières favorables au climat.
  • Le dispositif reste volontaire : une certification pourra faciliter une rémunération, sans garantir automatiquement un paiement aux agriculteurs ou aux forestiers.
  • Les projets devront démontrer leurs résultats, être contrôlés par des tiers et publier leurs informations de certification dans un registre européen.
  • Le cadre couvre l’agriculture et l’agroforesterie sur sols minéraux, la restauration des tourbières et autres sols organiques, ainsi que le boisement de terres non forestières.
  • La mesure du carbone des sols, la durée du stockage, le risque de double comptage et le coût des contrôles resteront déterminants.

La Commission européenne a annoncé le 10 juillet 2026 l’adoption de trois méthodologies de certification pour l’agriculture carbone dans le cadre du règlement européen sur les absorptions de carbone et le carbon farming, dit CRCF. Elles concernent l’agriculture et l’agroforesterie sur sols minéraux, la remise en eau et la restauration des tourbières et autres sols organiques, ainsi que le boisement de terres qui n’étaient pas auparavant forestières.

Le règlement CRCF avait déjà créé, en décembre 2024, un cadre européen volontaire de certification. La nouveauté de juillet 2026 réside dans les règles techniques permettant d’évaluer ces trois familles d’activités. Après l’entrée en vigueur du règlement délégué, les schémas de certification pourront demander leur reconnaissance à la Commission européenne.

Ces méthodes ne créent pas une nouvelle aide agricole automatique. Elles définissent comment un projet devra mesurer, suivre et faire vérifier ses résultats pour obtenir des unités certifiées. Une rémunération pourra ensuite provenir de contrats privés, de programmes publics, d’entreprises ou d’autres organismes finançant des résultats climatiques vérifiés.

Trois familles de pratiques désormais encadrées

La première méthodologie concerne les activités agricoles et agroforestières sur sols minéraux. Des pratiques comme les couverts végétaux, l’augmentation des apports de matière organique, les rotations intégrant davantage de végétation ou l’introduction de haies et d’arbres pourront entrer dans ce cadre si leurs effets respectent les critères européens de quantification et de suivi.

Une même pratique ne produit toutefois pas les mêmes résultats partout. Le potentiel de stockage dépend du stock initial de carbone, du type de sol, du climat, des cultures, de la quantité de biomasse produite et de la durée pendant laquelle les pratiques sont maintenues. Une méthode de certification commune ne signifie donc pas qu’un hectare donnera droit à la même quantité d’unités dans toutes les régions européennes.

Les tourbières et autres sols organiques sont traités séparément. Leur drainage expose à l’air une matière organique accumulée pendant de longues périodes et provoque d’importantes émissions. Leur remise en eau peut les réduire, mais elle modifie parfois les usages agricoles, les rendements, les accès et la gestion hydraulique du territoire.

La troisième méthodologie porte sur l’afforestation, c’est-à-dire la création d’une forêt sur un terrain qui n’était pas forestier. Planter des arbres ne suffira pas à obtenir une certification : la localisation, les essences, la gestion à long terme, la résistance aux sécheresses et aux incendies ainsi que les effets sur la biodiversité devront être pris en compte.

Ce qui change pour les agriculteurs et forestiers français

Les projets d’agriculture carbone pouvaient jusqu’ici s’appuyer sur des méthodes nationales, des labels volontaires ou des standards privés différents. Le CRCF introduit un cadre commun pour mesurer, contrôler et publier les résultats à l’échelle européenne. Cette harmonisation pourra faciliter le financement de projets impliquant des exploitations ou des propriétaires situés dans plusieurs pays.

Le règlement prévoit une vérification par des organismes tiers et la publication des informations liées à la certification dans un registre européen. Les résultats devront donc être documentés et contrôlés, et non simplement déclarés par le porteur du projet.

La réglementation permet également la certification de groupe. Une coopérative, une chambre d’agriculture, une collectivité ou une entreprise pourra regrouper plusieurs exploitations dans un même dispositif afin de mutualiser une partie des diagnostics, du suivi et des audits. Cette possibilité vise notamment à réduire la charge administrative supportée par les petites structures.

En France, plusieurs pratiques compatibles avec ces objectifs sont déjà étudiées ou utilisées dans des démarches agroécologiques. Une étude publiée par l’INRAE en 2019 a notamment montré que le potentiel de stockage additionnel varie fortement selon les sols, les climats et les systèmes agricoles. Les zones de grandes cultures présentent un potentiel particulier pour le développement des couverts intermédiaires, notamment en augmentant leur durée ou leur fréquence dans les rotations.

Cette étude ne permet pas de prévoir directement les unités qui seront délivrées selon les nouvelles méthodes européennes. Elle confirme cependant qu’une pratique ne peut pas être évaluée indépendamment de son contexte pédoclimatique, de son coût et de son effet sur l’ensemble du système agricole.

Des revenus possibles, pas une garantie de rentabilité

La Commission présente la certification comme un moyen de faciliter des rémunérations fondées sur les résultats. Le revenu réellement perçu dépendra toutefois du prix proposé pour les unités, du coût du diagnostic initial, des mesures, du conseil, des audits et du suivi dans le temps.

Les changements nécessaires pourront également entraîner des dépenses d’équipement, une réorganisation du travail ou, dans certains cas, des effets sur les rendements. Sur de petites surfaces, les coûts fixes de certification risquent de représenter une part importante du financement obtenu, d’où l’intérêt possible des projets regroupés.

Le stockage dans les sols reste par ailleurs difficile à mesurer avec précision. Les évolutions sont lentes et peuvent varier à l’intérieur d’une même parcelle. Une partie du carbone peut également être libérée après un changement de pratiques, un retournement de prairie, une baisse des apports organiques, une sécheresse ou un incendie.

Les contrats devront donc préciser la durée des engagements, la fréquence des contrôles et le partage des responsabilités si les résultats ne sont pas maintenus. La certification améliore la traçabilité, mais elle ne supprime ni l’incertitude scientifique ni le risque de réversibilité.

Pour les entreprises et organismes finançant ces projets, le nouveau cadre doit aussi limiter les revendications climatiques fondées sur des résultats insuffisamment contrôlés. Une unité certifiée correspondant à un stockage biologique temporaire ne constitue toutefois pas l’équivalent parfait d’une tonne de CO2 fossile définitivement évitée. Le financement de ces projets ne remplace donc pas la réduction directe des émissions.

Un enjeu européen lié aux puits de carbone

Le sujet dépasse la création d’un marché volontaire. L’Union européenne vise 310 millions de tonnes équivalent CO2 d’absorptions nettes en 2030 dans le secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la forêt, appelé LULUCF.

Les sols, les forêts et les zones humides doivent contribuer à cet objectif alors que les puits de carbone européens sont fragilisés par les sécheresses, les incendies, les maladies forestières, la dégradation des sols et les changements d’usage des terres.

La certification peut orienter des financements vers certaines pratiques, mais elle ne remplace ni les politiques agricoles et forestières, ni la protection des sols, ni la préservation des prairies et des zones humides. Elle ne dispense pas non plus les autres secteurs économiques de réduire leurs émissions à la source.

Son efficacité dépendra notamment de l’additionnalité des projets, c’est-à-dire de leur capacité à produire un résultat qui n’aurait pas eu lieu sans financement. La durée du stockage, le suivi après le paiement, le risque de double comptage et les effets sur la biodiversité, l’eau et la production alimentaire devront également être évalués.

Les points à surveiller en 2026

La prochaine étape sera l’entrée en vigueur du règlement délégué, puis la reconnaissance des schémas de certification souhaitant appliquer ces méthodologies. Ces organismes devront aussi respecter les règles européennes déjà adoptées sur les audits, les organismes certificateurs, la transparence et la certification de groupe.

Les premiers projets permettront d’évaluer la charge administrative réelle pour les exploitations, la robustesse des mesures, le coût des contrôles et le niveau des rémunérations proposées. Ils montreront également quelles pratiques sont suffisamment rentables et mesurables pour être déployées au-delà de projets pilotes.

La viabilité du dispositif dépendra du rapport entre le financement obtenu et le coût durable des changements de pratiques. Les premiers contrats devront aussi préciser le partage des risques, prévenir le double comptage et garantir que les bénéfices climatiques ne sont pas obtenus au détriment de l’eau, des sols, de la biodiversité ou de la production alimentaire.

Sources principales

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