Le congé climatique de Marine Tondelier : une avancée sociale ou un risque économique ?

6 min de lecture
marine tondelier

Le 1er mai 2026, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a officiellement proposé l’instauration d’un congé payé climatique de cinq jours par an en France.

Inspirée du modèle espagnol adopté fin 2024 après les inondations meurtrières, cette proposition vise à protéger les travailleurs exposés à des événements climatiques extrêmes (canicules, inondations, tempêtes) en leur permettant de ne pas se rendre au travail sans perte de salaire lorsque les autorités publiques recommandent ou imposent des restrictions.

Ce dispositif, encore à l’état de proposition, s’adresserait en priorité aux travailleurs exposés aux risques climatiques, notamment dans les secteurs où le télétravail est impossible.

Pourquoi une telle proposition en 2026 ?

Un contexte climatique de plus en plus extrême

La France subit une multiplication des épisodes de chaleur intense, d’inondations et de tempêtes, avec des impacts directs sur la santé et la productivité :

  • 2025 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe, avec des pics à plus de 40°C dans plusieurs régions françaises.
  • Les événements météorologiques extrêmes ont coûté 10 milliards d’euros de sinistres en 2022, soit trois fois plus que la moyenne décennale.
  • Sans adaptation, le PIB français pourrait chuter de 7,4 % en 2026 en cas de succession de catastrophes climatiques, selon la Banque de France.

Cette proposition répond à une urgence : protéger les travailleurs tout en limitant les pertes économiques liées aux arrêts de travail non encadrés.

Les limites des dispositifs actuels

Aujourd’hui, les salariés français disposent de plusieurs mécanismes, mais aucun n’est adapté aux risques climatiques :

  • Droit de retrait (article L4131-1 du Code du travail) : Le salarié peut quitter son poste en cas de « danger grave et imminent », mais sans garantie de maintien de salaire si l’employeur conteste le risque.
  • Chômage-intempéries (BTP) : Seulement pour les travailleurs du bâtiment, et uniquement en cas de neige, gel ou pluie. La canicule a été intégrée en 2024, mais avec des conditions strictes (vigilance orange ou rouge de Météo-France) et une indemnisation à 75 % du salaire brut.
  • Télétravail : Impossible pour une partie importante des métiers (ouvriers, soignants, livreurs, etc.). Selon la DARES et l’INSEE, un salarié sur deux exerce une activité incompatible avec le travail à distance.

Résultat : en 2025, seulement 12 % des entreprises avaient mis en place des mesures spécifiques pour les canicules.

Comment fonctionnerait ce congé climatique ?

Les contours de la proposition

CritèreDétails
Durée5 jours par an et par salarié (contre 4 jours en Espagne)
BénéficiairesTous les salariés, quel que soit leur secteur ou leur statut (CDI, CDD, intérim)
ConditionsDéclenché par une alerte officielle (mairie, région, État) pour risque climatique extrême
Indemnisation100 % du salaire, pris en charge par l’État (et non par l’employeur)
Événements couvertsCanicules, inondations, tempêtes, grands froids, ou tout autre phénomène rendant le travail dangereux
CumulNon cumulable avec d’autres congés (maladie, RTT, etc.)

Objectif : éviter les déplacements inutiles et les risques sanitaires, tout en maintenant le pouvoir d’achat des travailleurs.

Comparaison avec le modèle espagnol (2024)

En Espagne, le congé climatique a été adopté après les inondations de septembre 2024, qui ont fait 230 morts dans le sud-est du pays. Voici les différences clés :

CritèreEspagne (2024)Proposition France (2026)
Durée4 jours/an5 jours/an
Financement100 % par l’État100 % par l’État
Secteurs concernésTous les travailleursTous les travailleurs
Seuils d’activationAlerte météorologique officielleAlerte officielle (à définir)

L’Espagne a montré que ce dispositif réduisait de 30 % les accidents du travail liés aux intempéries en 2025.

Qui serait concerné par ce congé climatique ?

Certains secteurs sont prioritaires en raison de leur exposition aux risques climatiques :

  • BTP et travaux publics : 20 % des arrêts de travail en 2025 étaient liés à la chaleur ou aux intempéries.
  • Agriculture : Les travailleurs agricoles sont particulièrement exposés aux coups de chaleur.
  • Logistique et livraison : Les livreurs et chauffeurs (colis, VTC, camions) sont en première ligne face aux canicules et inondations.
  • Santé et social : Les soignants, aides à domicile et pompiers doivent souvent intervenir en conditions extrêmes.
  • Commerce et restauration : Les employés en extérieur (terrasses, marchés) ou dans des locaux non climatisés.

En 2026, les travailleurs exposés à des températures élevées ou à des intempéries représentent une part significative de la population active française.

Quels seraient les impacts économiques et sociaux ?

Pour les salariés : un droit longtemps attendu

  • Sécurité financière : Plus de perte de salaire en cas d’arrêt pour raison climatique.
  • Santé préservée : Réduction des risques de coup de chaleur, déshydratation ou accidents liés aux intempéries.

Pour les entreprises : un coût maîtrisé ?

AvantageRisque
Baisse de l’absentéisme (moins d’arrêts maladie non justifiés)Coût pour l’État : entre 3 et 5 milliards d’euros par an (estimation Medef)
Amélioration de la productivité (moins de fatigue liée à la chaleur)Complexité administrative (gestion des alertes et des indemnisations)
Réduction des accidents du travail (-15 % attendu, comme en Espagne)Inégalités entre secteurs (certaines entreprises plus impactées que d’autres)

Le Medef propose une alternative : un fonds mutualisé entre entreprises pour limiter la charge sur l’État.

Les dispositifs existants en France

DispositifSecteurIndemnisationConditions
Chômage-intempériesBTP75 % du salaireVigilance orange/rouge (canicule, neige, pluie)
Droit de retraitTous secteursNon garantiDanger grave et imminent (à prouver)
TélétravailTous secteurs100 % du salaireImpossible pour une partie importante des métiers

Les points à clarifier avant une éventuelle adoption

  • Qui paiera vraiment ? : L’État, les entreprises, ou un mix des deux ?
  • Quels seuils d’activation ? : Faut-il une vigilance rouge (comme pour le chômage-intempéries) ou une vigilance orange suffira-t-elle ?
  • Comment éviter les abus ? : Contrôle des alertes météo par qui ? Météo-France ? Les préfets ?
  • Que faire au-delà de 5 jours ? : Chômage partiel (comme en Espagne) ou congés sans solde ?
  • Les indépendants seront-ils inclus ? : Aujourd’hui exclus de la proposition, mais 2,5 millions de travailleurs (artisans, auto-entrepreneurs) sont exposés aux risques climatiques.

Le congé climatique dans le monde : où en est-on ?

L’Espagne, pionnière en Europe

  • 4 jours/an, 100 % indemnisés par l’État depuis décembre 2024.
  • Activé en cas d’alerte météo (mairie, région, gouvernement central).
  • Résultats : Baisse de 30 % des accidents du travail liés aux intempéries en 2025.

Le Canada : des congés canicule dans certaines provinces

  • Québec : 2 jours/an pour les travailleurs exposés à des températures > 32°C.

Comment se préparer à une éventuelle adoption ?

Pour les salariés

  • Suivez l’actualité législative : La proposition pourrait évoluer avant un éventuel vote.
  • Anticipez les alertes météo : Téléchargez l’appli Météo-France pour recevoir les vigilances en temps réel.

Pour les employeurs

  • Mettez à jour votre DUERP (Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels) : Intégrez les risques climatiques (canicule, inondation).
  • Prévoyez des plans de continuité : Télétravail, report des réunions, aménagement des horaires.

Impact économique potentiel

Ce dispositif pourrait limiter les pertes de PIB liées aux arrêts de travail non encadrés, en transférant une partie des coûts actuels (arrêts maladie non indemnisés) vers un cadre structuré.

Inégalités territoriales et sectorielles

Les régions du Sud (Occitanie, PACA) et l’Outre-mer sont 2 fois plus exposées aux canicules que le Nord. Les travailleurs agricoles et du BTP (souvent en CDD ou intérim) seraient les premiers bénéficiaires, réduisant ainsi les inégalités face aux risques climatiques.

Les prochaines étapes

DateÉvénement
Mai 2026Débat parlementaire sur la proposition de Marine Tondelier (dans le cadre de la primaire de la gauche).
Juillet 2026Rapport du gouvernement sur la faisabilité économique du dispositif.
Septembre 2026Vote possible à l’Assemblée nationale (si la gauche remporte les législatives).

Sources principales

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués.