Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
La France dispose désormais d’un cadre national pour organiser la lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes. L’arrêté du 9 septembre 2026, publié au Journal officiel le 16 septembre, adopte le plan prévu par la loi du 14 mars 2025.
Il ne prévoit pas une campagne uniforme de destruction des nids sur l’ensemble du territoire. Les moyens mobilisés doivent être adaptés à la situation locale, selon une classification des départements et plusieurs méthodes de gestion : destruction des nids, piégeage des fondatrices au printemps ou dispositifs destinés à réduire la pression exercée sur les colonies d’abeilles.
Introduit accidentellement dans le Lot-et-Garonne en 2004, Vespa velutina nigrithorax est aujourd’hui présent dans tous les départements métropolitains. Son impact sur l’apiculture est bien documenté. Les effets sur les pollinisateurs sauvages et, plus largement, sur l’entomofaune restent en revanche à mieux caractériser.
Le plan considère qu’une éradication complète de l’espèce n’est plus envisageable compte tenu de sa dispersion et des moyens techniques et financiers disponibles. La stratégie retenue vise donc à limiter ses impacts plutôt qu’à faire disparaître le frelon du territoire national.
La loi prévoit de classer les départements en fonction de la pression de prédation et des dégâts causés aux ruchers et aux pollinisateurs sauvages. Pour établir cette classification, le plan retient un gradient de quatre niveaux de densité : nulle ou très faible, faible, moyenne et forte.
Chaque niveau doit être défini au regard du nombre de nids détectés dans le département. Les données de signalement, aujourd’hui réparties entre plusieurs plateformes, doivent être centralisées sur une plateforme unique de référence au sein de l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN).
Les mesures recommandées varient ensuite selon la densité observée :
| Niveau de densité | Orientation prévue par le plan |
|---|---|
| Nulle ou très faible | Favoriser la détection et la destruction des nids. |
| Faible | Favoriser la destruction des nids et les dispositifs réduisant le stress des colonies d’abeilles. |
| Moyenne | Privilégier le piégeage de printemps et la protection des colonies, avec moins d’efforts consacrés à la destruction des nids. |
| Forte | Privilégier la destruction lorsque le nid présente un danger pour le public ou se trouve à proximité des ruchers, et recourir également au piégeage de printemps et aux dispositifs de protection des colonies. |
Dans une zone déjà fortement colonisée, le plan ne recommande donc pas la destruction systématique de tous les nids détectés. Les interventions doivent être concentrées sur les situations présentant le plus de risques ou d’enjeux pour les ruchers.
Le cadre national doit être décliné localement. Dans les six mois suivant son adoption, chaque département doit élaborer un plan de lutte sous l’autorité du préfet.
Cette préparation doit associer notamment les collectivités territoriales, les acteurs sanitaires, les filières concernées, les associations de protection de l’environnement, l’Office français de la biodiversité et les usagers de la nature.
La loi prévoit que les plans départementaux organisent notamment l’évaluation du niveau de danger pour la santé publique, l’évaluation des dégâts sur les ruchers ainsi que les procédures de signalement et de destruction des nids. Ils sont adoptés par arrêté préfectoral après avis du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel et du Conseil régional d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale.
Les modalités concrètes pourront ainsi varier d’un département à l’autre selon la densité de frelons, les risques identifiés et les moyens disponibles.
Le plan accorde une place au piégeage des fondatrices au printemps, période durant laquelle les futures reines sortent d’hibernation et commencent à constituer leurs colonies. Il ne présente toutefois pas le piégeage comme une solution généralisable sans précaution.
Le document indique qu’aucune méthode disponible n’a démontré à la fois une efficacité complète contre le frelon asiatique et une sélectivité totale vis-à-vis des autres insectes. Les travaux de recherche doivent donc se poursuivre afin d’améliorer les pièges, de réduire les captures non ciblées et de comparer les différentes méthodes dans des conditions réelles.
La campagne nationale d’information prévue par le plan doit également sensibiliser à l’utilisation de méthodes validées et éviter le recours à des pièges insuffisamment sélectifs.
Le ministère chargé de la Transition écologique annonce avoir mobilisé une enveloppe exceptionnelle de 3 millions d’euros en 2026. Elle doit accompagner les territoires dans leurs actions immédiates et soutenir le développement de solutions de lutte plus efficaces et plus sélectives.
Cette enveloppe ne crée pas pour autant une prise en charge nationale automatique de la destruction de chaque nid. Le plan mentionne différentes sources susceptibles de financer les actions : crédits liés à la Stratégie nationale biodiversité, aides aux filières apicoles, collectivités territoriales, fonds européens ou encore financements privés.
Une action spécifique doit permettre de cartographier ces financements, de mieux les coordonner et d’établir un plan de financement pluriannuel sur six ans pour les actions nationales et départementales.
Le document prévoit également une ligne de 100 000 euros à partir de 2026 pour financer l’animation nationale du plan.
La loi du 14 mars 2025 prévoit l’indemnisation des pertes économiques causées par le frelon asiatique à pattes jaunes aux exploitants apicoles, dans les conditions fixées par le code rural et de la pêche maritime.
Cette indemnisation est distincte du plan national de lutte. Les financements consacrés à la recherche, au suivi des populations, à la protection des ruchers ou à la destruction de certains nids ne doivent donc pas être confondus avec le dispositif destiné à compenser des pertes économiques subies par les apiculteurs.
Après l’adoption du cadre national, sa mise en œuvre dépend désormais de la classification des territoires, de la création des plans départementaux et de la structuration des financements nécessaires aux différentes mesures de lutte.
Crédit image : Ksarasola / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Image d’illustration.