Eaux de baignade en Europe : pourquoi le bon bulletin sanitaire ne dit pas tout de l’état des rivières

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Eaux de baignade en Europe : pourquoi le bon bulletin sanitaire ne dit pas tout de l’état des rivières

À quelques jours du cœur de la saison estivale, l’Europe affiche un bilan rassurant pour les baigneurs. Selon le dernier rapport annuel publié le 16 juin 2026 par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) et la Commission européenne, 85 % des sites de baignade de l’Union européenne ont été classés en qualité « excellente » pour la saison 2025, et 96 % respectaient au moins les exigences minimales de la directive européenne sur les eaux de baignade. Seuls 1,5 % des sites suivis dans l’UE ont été jugés de qualité « insuffisante ».

Ce résultat confirme l’un des succès les plus tangibles de la politique européenne de l’eau : en quelques décennies, les investissements dans l’assainissement urbain, la collecte des eaux usées et la surveillance microbiologique ont rendu la baignade possible dans de nombreuses zones autrefois très polluées. Mais le même rapport invite à lire ce bon bulletin avec prudence. Une eau sûre pour se baigner n’est pas forcément une eau en bon état écologique, et les rivières restent le point faible du système.

Une bonne nouvelle sanitaire, surtout sur les côtes

L’évaluation de l’AEE couvre les données déclarées pour la période 2022-2025. Pour la saison 2025, elle porte sur 22 010 sites officiellement désignés dans les 27 États membres de l’UE, auxquels s’ajoutent 119 sites en Albanie et 160 en Suisse dans le périmètre européen plus large. Les résultats restent globalement stables par rapport à l’année précédente.

Les eaux côtières obtiennent les meilleurs résultats. D’après le rapport, 87,4 % des 14 861 sites côtiers suivis dans les États membres concernés et en Albanie ont été classés « excellents ». Les eaux intérieures, principalement les lacs mais aussi les rivières, restent moins bien notées : 78,3 % des 7 428 sites intérieurs suivis atteignent le niveau « excellent ». L’écart se creuse encore pour les seuls sites de baignade en rivière, dont seulement 47 % environ sont classés « excellents » à l’échelle européenne.

Pour un lectorat français, le détail national mérite aussi attention. La France fait partie des pays où la part de sites de qualité insuffisante reste supérieure à la moyenne européenne : l’AEE recense 112 eaux de baignade françaises classées « poor » en 2025, soit 3,3 % du total national. Cela ne remet pas en cause la sûreté générale du réseau, mais cela rappelle que les problèmes locaux persistent, souvent sur des sites exposés aux rejets d’eaux usées, aux ruissellements agricoles ou aux épisodes de pluie intense.

Ce que mesure vraiment la directive baignade

Le classement européen repose sur un objectif précis : protéger la santé des baigneurs contre les contaminations fécales. Les autorités nationales et locales prélèvent des échantillons avant et pendant la saison, puis les analysent notamment pour deux indicateurs microbiologiques, Escherichia coli et les entérocoques intestinaux. La directive impose au moins quatre prélèvements par saison, dont un avant son ouverture, et les résultats sont classés en quatre catégories : excellent, bon, suffisant ou insuffisant.

Cette méthode donne une information utile et directement exploitable pour les citoyens. Elle permet d’identifier les sites où la baignade doit être déconseillée, temporairement interdite ou accompagnée d’un affichage renforcé. Les eaux classées insuffisantes doivent faire l’objet de mesures de gestion, et les sites qui restent durablement dégradés peuvent être soumis à une interdiction permanente ou à un avis permanent déconseillant la baignade.

Mais le périmètre de la directive est volontairement limité. Le rapport de l’AEE rappelle que le suivi des eaux de baignade ne couvre pas les polluants chimiques tels que les nutriments, les pesticides ou les substances pharmaceutiques, qui relèvent d’autres textes, notamment la directive-cadre sur l’eau. Autrement dit, un site peut être conforme pour la baignade sans que le cours d’eau ou le plan d’eau soit en bon état écologique ou chimique.

Le succès de l’assainissement ne règle pas la crise de l’eau

C’est le point le plus important de cette actualité. Le rapport baignade montre que des règles européennes bien appliquées peuvent produire des bénéfices visibles pour la santé publique. Le rapport plus large de l’AEE sur l’état de l’eau en Europe, publié en 2024, dresse toutefois un tableau beaucoup moins favorable : en 2021, seuls 37 % des masses d’eau de surface européennes atteignaient un bon ou très bon état écologique, et 29 % un bon état chimique.

Cette différence n’est pas contradictoire. Elle reflète deux questions différentes. La première est sanitaire : peut-on se baigner sans risque microbiologique excessif ? La seconde est écologique : le milieu aquatique fonctionne-t-il correctement, avec des habitats, des débits, une biodiversité et une qualité chimique compatibles avec les objectifs européens ? Sur le premier point, l’Europe progresse depuis longtemps. Sur le second, elle reste très en retard.

Les rivières illustrent cette tension. Leur débit plus faible, leur proximité avec les villes, les stations d’épuration, les surfaces agricoles et les réseaux d’eaux pluviales les rendent plus vulnérables aux pollutions de courte durée. L’AEE souligne que les petits lacs, les étangs et les cours d’eau à faible débit sont particulièrement sensibles aux épisodes de pluie intense ou de sécheresse. Or ces événements deviennent plus difficiles à gérer avec le changement climatique.

Pourquoi cela compte maintenant

La publication intervient alors que l’Union européenne cherche à remettre la résilience de l’eau au centre de son agenda. La Commission a présenté une stratégie visant à mieux protéger le cycle de l’eau, réduire les fuites, renforcer l’efficacité hydrique et soutenir les infrastructures. Elle fixe notamment une orientation de réduction de la consommation d’eau de 10 % d’ici 2030 au niveau européen, tout en mettant l’accent sur les polluants persistants, les PFAS, les sécheresses et les inondations.

Le bilan 2025 des eaux de baignade donne donc une leçon utile : la surveillance, les normes communes et l’investissement public fonctionnent lorsqu’ils sont maintenus dans le temps. Mais il montre aussi la limite d’une politique sectorielle. Rendre un site baignable ne suffit pas à restaurer une rivière. Pour progresser, il faut réduire les rejets à la source, limiter les ruissellements pollués, améliorer la capacité des réseaux d’assainissement lors des fortes pluies, restaurer des zones humides et laisser davantage d’espace aux cours d’eau.

Pour les citoyens, le message est double. Les cartes européennes et nationales de qualité des eaux restent un outil fiable pour choisir un lieu de baignade et vérifier les alertes locales avant de se baigner. Mais la qualité d’un été ne doit pas masquer l’état de fond des milieux aquatiques. Le vrai test des prochaines années ne sera pas seulement de maintenir 96 % de sites conformes : il sera de faire en sorte que les rivières, les lacs et les zones côtières soient à la fois sûrs pour les usages humains et réellement plus vivants.

Sources principales

Crédit image : Ruth Troughton, Unsplash License, via Unsplash.

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