Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Électricité utilisée, besoins en eau, approvisionnement énergétique ou possibilité de récupérer la chaleur : les performances environnementales des data centers européens doivent devenir plus faciles à comparer. La Commission européenne a adopté le 21 septembre 2026 un règlement délégué établissant un système commun de notation à l’échelle de l’Union.
Le futur label comportera notamment deux classes distinctes de A à G, l’une consacrée à l’efficacité énergétique et l’autre à l’utilisation de l’eau. Le règlement délégué n’est toutefois pas encore en vigueur. Le Parlement européen et le Conseil peuvent s’y opposer pendant les deux mois suivant sa notification. Ce délai peut être prolongé de deux mois à l’initiative de l’une des deux institutions.
Son entrée en vigueur suppose l’absence d’opposition du Parlement et du Conseil. Le texte fixe ensuite son entrée en vigueur au vingtième jour suivant sa publication au Journal officiel de l’Union européenne. Il prévoit la génération des premiers labels par la base européenne au plus tard le 15 août 2027, puis chaque année.
Le label ne donnera pas une note environnementale unique au data center. Il utilisera deux indicateurs distincts : le PUE pour l’énergie et le WUE pour l’eau.
Le Power Usage Effectiveness (PUE) correspond au rapport entre l’énergie totale utilisée par le data center et celle consommée par ses équipements informatiques. La classe A sera attribuée lorsque le PUE est inférieur ou égal à 1,15. Un PUE supérieur à 1,9 correspondra à la classe G.
Plus le résultat se rapproche de 1, moins les équipements annexes, notamment les systèmes de refroidissement et de distribution électrique, ajoutent de consommation à celle des serveurs et autres équipements informatiques.
Le PUE ne mesure cependant ni l’efficacité des calculs réalisés par les serveurs ni la consommation électrique totale du site. Un très grand data center peut donc obtenir une bonne classe énergétique tout en consommant beaucoup d’électricité en valeur absolue.
Le Water Usage Effectiveness (WUE) rapportera pour sa part l’apport annuel d’eau douce à l’énergie consommée par les équipements informatiques. La classe A correspondra à un WUE inférieur ou égal à 0,1 m³/MWh et la classe G à une valeur supérieure à 1 m³/MWh.
Le règlement fait évoluer cet indicateur en retenant désormais l’apport d’eau douce dans son calcul. Il distingue notamment cette ressource des autres catégories d’eau pouvant être utilisées dans un data center.
Séparer les deux notes évite de masquer les arbitrages entre énergie et eau. Certaines techniques de refroidissement peuvent réduire l’électricité nécessaire au fonctionnement des équipements annexes tout en augmentant l’utilisation d’eau.
Le label sera donc accompagné d’un document destiné à replacer les résultats dans leur contexte. Il devra notamment expliquer les relations possibles entre PUE et WUE ainsi que l’importance du niveau de stress hydrique à l’endroit où se trouve l’installation.
Un même niveau d’utilisation de l’eau peut ainsi avoir des conséquences très différentes selon que le data center se trouve dans un territoire où la ressource est abondante ou dans une zone régulièrement soumise à des tensions hydriques.
Les deux classes A à G ne constitueront qu’une partie des informations affichées. Le label doit également mentionner notamment le type de data center, son exploitant, sa localisation, sa catégorie de taille, sa période de référence et sa date de mise en service.
Il présentera également des informations sur l’approvisionnement énergétique déclaré. Le dispositif distingue notamment certaines énergies renouvelables ou nucléaires produites sur site, couvertes par des contrats d’achat ou comptabilisées au moyen de garanties d’origine.
Le label précisera aussi si le data center fournit des services de flexibilité au réseau électrique et s’il est techniquement prêt à réutiliser sa chaleur fatale. Cette dernière indication ne signifie pas que la chaleur est effectivement valorisée.
La qualification « prêt pour la réutilisation de chaleur fatale » signifie que l’installation est conçue, ou a été adaptée, pour capter cette chaleur et pouvoir la fournir à des utilisateurs extérieurs à la limite du site. Sa valorisation réelle dépend ensuite de l’existence d’un besoin de chaleur, d’un réseau ou d’équipements adaptés à proximité.
Un QR code permettra enfin d’accéder au label conservé dans l’espace public de la base européenne.
L’obligation européenne de déclaration concerne les data centers dont la demande de puissance des équipements informatiques installés atteint au moins 500 kW. Le nouveau système de notation s’appuiera sur les informations transmises dans ce cadre.
Les data centers utilisés, ou fournissant exclusivement leurs services dans le but de soutenir la défense et la protection civile d’un État membre, sont exemptés de cette transmission à la base européenne.
Les installations de moins de 500 kW pourront en revanche participer volontairement au système et recevoir un label si elles communiquent les informations requises.
Une installation qui n’est pas encore entrée en exploitation pourra également participer volontairement. Elle devra alors déclarer les performances qu’elle est conçue ou censée atteindre après deux années civiles de fonctionnement. Dès sa première année d’exploitation, les données observées devront remplacer ces valeurs de conception.
Le label sera généré automatiquement à partir des informations et indicateurs communiqués par les exploitants à la base européenne. Il ne correspond donc pas à une inspection indépendante réalisée par l’Union européenne dans chaque installation.
Le cadre prévoit des méthodes de mesure et de calcul destinées à rendre les données fiables et comparables. Le reporting peut également préciser si les données sont couvertes par un dispositif de certification dans lequel un tiers certifié valide notamment les procédures de suivi, de validation et de déclaration.
Cette certification par un tiers n’est pas imposée systématiquement à toutes les installations. Le règlement prévoit qu’une future révision pourra examiner l’introduction d’une certification ou d’un audit, au moins partiel, des données communiquées.
La première campagne européenne montre que l’exhaustivité de la base reste limitée. Entre mai et septembre 2024, 770 data centers ont transmis leurs informations. Ils représentaient environ 36 % du nombre total d’installations que la Commission estimait soumises à l’obligation de déclaration.
L’évaluation de qualité menée sur cette première période a considéré 70,1 % des données déclarées comme fiables au regard de leur plausibilité, de leur exactitude et de leur cohérence. Tous les data centers n’avaient toutefois pas renseigné l’ensemble des indicateurs, si bien que le nombre de données disponibles varie selon le critère étudié.
La couverture devrait progresser : pour la deuxième période de déclaration, la Commission indique avoir déjà reçu des données préliminaires provenant d’au moins 30 % de data centers supplémentaires par rapport à la première campagne.
La capacité du futur label à comparer largement les installations européennes dépendra donc aussi de l’amélioration de la couverture et de la qualité des déclarations.
Les data centers de l’Union européenne ont consommé environ 68 TWh d’électricité en 2024. La Commission indique que cette consommation pourrait atteindre 114 TWh en 2030, soit 3,2 % de la demande électrique de l’Union.
Les 114 TWh constituent une projection et non une consommation déjà acquise. Son niveau dépendra notamment du développement des services numériques, de l’intelligence artificielle, des capacités de calcul installées et des progrès d’efficacité énergétique.
L’amélioration du PUE des installations ne garantit donc pas à elle seule une baisse de la consommation électrique totale du secteur. Les gains d’efficacité peuvent être accompagnés d’une augmentation du nombre de data centers, de leur puissance ou de leur niveau d’utilisation.
L’ADEME recensait en janvier 2026 352 data centers en activité en France. Leur consommation électrique totale est évaluée à environ 10 TWh par an, soit 2,2 % des 449 TWh d’électricité consommés dans le pays en 2025.
Ces chiffres territoriaux ne couvrent pas toute la consommation électrique des data centers induite par les usages numériques français. Une partie des services utilisés en France repose sur des infrastructures installées à l’étranger.
L’ADEME a modélisé cinq trajectoires jusqu’en 2035 puis 2060. Dans son scénario tendanciel, la consommation d’électricité induite par les usages français pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035, et près des deux tiers de cette consommation auraient lieu à l’étranger.
Ce scénario ne constitue pas une prévision. Les cinq trajectoires explorent des évolutions différentes selon les usages numériques, les politiques publiques, la localisation des infrastructures, les progrès technologiques et les choix de sobriété.
Le règlement adopté en septembre crée d’abord un outil de transparence et de comparaison. Il n’associe pour l’instant aucune classe A à G à une interdiction d’exploitation ou à une obligation de rénovation.
La Commission travaille séparément sur de possibles normes minimales de performance. Une consultation publique est ouverte jusqu’au 14 décembre 2026 et une proposition législative est prévue pour le deuxième trimestre 2027.
Ces futures règles pourraient s’appuyer sur le PUE, le WUE ou plusieurs indicateurs combinés, mais leurs seuils, leur champ d’application et leur calendrier ne sont pas encore arrêtés.
Le système de notation doit lui-même être réexaminé d’ici au 31 décembre 2028. Cette révision pourra notamment conduire à modifier les seuils, à intégrer d’autres critères environnementaux ou à étudier un indicateur combinant plusieurs dimensions de la performance. Les deux premières notes A à G ne constituent donc pas une mesure complète de l’empreinte environnementale d’un data center.
Crédit image : Victor Grigas / Wikimedia Foundation — CC BY-SA 3.0. Image d’illustration.