Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Les émissions de gaz à effet de serre de l’économie de l’Union européenne ont légèrement augmenté au début de 2026. Eurostat les estime à 837 millions de tonnes équivalent CO2 au premier trimestre, en données corrigées des variations saisonnières, contre 835 millions au quatrième trimestre 2025. La hausse atteint 0,3 %.
La tendance reste orientée à la baisse sur une période plus longue : par rapport au premier trimestre 2025, les émissions diminuent de 1,2 %, tandis que le produit intérieur brut de l’UE progresse de 0,8 %. La France se distingue également de la hausse trimestrielle européenne puisqu’elle fait partie des sept États membres où les émissions ont reculé entre fin 2025 et début 2026.
Les évolutions diffèrent fortement selon les activités économiques. Les émissions de la production et de la fourniture d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné progressent de 4,8 % par rapport au trimestre précédent. Il s’agit de la plus forte hausse sectorielle mesurée par Eurostat.
À l’inverse, les émissions directement attribuées aux ménages diminuent de 1,3 %. L’industrie manufacturière ainsi que le transport et l’entreposage enregistrent chacun une baisse de 0,6 %.
Ces mouvements trimestriels sont sensibles à la demande de chauffage, au recours aux combustibles fossiles pour produire de l’énergie, à l’activité industrielle et aux transports. Le rebond de 0,3 % intervient ainsi dans une tendance annuelle encore décroissante.
La moyenne européenne masque des écarts importants entre États membres. Entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, les émissions augmentent dans 20 pays et diminuent dans sept.
Les reculs les plus marqués concernent la Slovénie (-5,0 %), le Luxembourg (-3,8 %) et la Roumanie (-2,7 %). À l’autre extrémité, les principales hausses sont enregistrées en Estonie (+9,7 %), en Finlande (+6,4 %) et en Bulgarie (+4,6 %).
La France appartient au groupe des pays en baisse. Ce résultat porte sur les comptes d’émissions atmosphériques d’Eurostat, conçus pour être rapprochés des statistiques économiques européennes. Il complète les inventaires climatiques nationaux sans se confondre avec eux.
Le baromètre publié en juillet par le Citepa estime les émissions françaises hors utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie à 98,5 millions de tonnes équivalent CO2 au premier trimestre 2026. Elles atteignaient 103,5 millions de tonnes au premier trimestre 2025. La diminution représente 5 millions de tonnes, soit 4,8 % en un an.
Les bâtiments enregistrent la baisse la plus forte, avec -10,7 %. Les consommations de gaz naturel reculent de 12,7 % et celles de fioul domestique de 13,3 % par rapport au premier trimestre 2025. Le trimestre a notamment été marqué par un mois de février exceptionnellement doux, favorable à une réduction des besoins de chauffage.
La production d’énergie affiche également une baisse de 6,4 %. Les émissions de l’industrie manufacturière et de la construction diminuent de 5,9 %, tandis que celles des transports reculent de 3,8 %. Les transports restent néanmoins le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France.
Le +0,3 % européen et le -4,8 % français ne couvrent ni la même période de comparaison ni exactement le même périmètre statistique. Eurostat compare le premier trimestre 2026 au quatrième trimestre 2025 après correction des variations saisonnières. Le Citepa compare le premier trimestre 2026 au premier trimestre 2025.
Eurostat applique en outre le principe de résidence économique. Certaines émissions produites en dehors du territoire d’un pays peuvent être rattachées à une entreprise qui y réside, notamment dans le transport international. Cette méthode est cohérente avec les comptes économiques utilisés pour mesurer le PIB.
Le baromètre du Citepa suit le périmètre des inventaires climatiques français. Pour les gaz à effet de serre, il couvre la France hexagonale et les territoires ultramarins inclus dans l’Union européenne. Les émissions liées à la production à l’étranger des biens importés en France ne sont pas intégrées aux émissions territoriales nationales.
Depuis le 19 juillet 2026, la troisième Stratégie nationale bas-carbone fixe une nouvelle trajectoire officielle jusqu’en 2038. Pour la période 2024-2028, le budget carbone est établi à une moyenne annuelle de 342 millions de tonnes équivalent CO2, hors émissions et absorptions liées aux terres, aux changements d’usage des terres et à la foresterie ainsi qu’aux absorptions technologiques de CO2.
Le recul observé au premier trimestre 2026 s’inscrit dans le sens de cette trajectoire, mais les budgets carbone portent sur des moyennes pluriannuelles. Les résultats trimestriels peuvent en outre varier sous l’effet de facteurs conjoncturels, comme les températures hivernales ou le niveau d’activité de certaines industries.
Le début de 2026 associe donc deux mouvements : un léger rebond des émissions de l’économie européenne par rapport à fin 2025 et une baisse maintenue en France. À l’échelle de l’UE, les émissions restent également inférieures de 1,2 % à leur niveau du premier trimestre 2025.
Crédit image : Parlement européen / Wikimedia Commons — CC BY 2.0. Image d’illustration.