Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Le courlis cendré et la barge à queue noire ne pourront pas être chassés en France métropolitaine pendant une année supplémentaire. L’arrêté signé le 29 juillet 2026 et publié au Journal officiel le 31 juillet prolonge leur moratoire jusqu’au 1er juillet 2027.
La décision interdit tout prélèvement des deux espèces, sans quota ni exception territoriale. Elle ne les ajoute toutefois pas à la liste des espèces protégées et ne renforce pas la protection de leurs habitats.
La suspension porte sur l’ensemble du territoire métropolitain. Elle concerne le courlis cendré, Numenius arquata, et la barge à queue noire, Limosa limosa.
Le moratoire précédent arrivait à échéance le 1er juillet 2026. Le nouvel arrêté évite donc toute interruption entre les deux périodes, mais il reste limité à une année. Il ne décide pas du régime qui s’appliquera après le 1er juillet 2027.
Cette mesure agit uniquement sur la chasse. Elle ne modifie pas les règles déjà applicables aux zones humides, aux sites de reproduction ou aux autres habitats fréquentés par ces oiseaux migrateurs.
En 2019, le Gouvernement avait autorisé la chasse de 6 000 courlis cendrés au cours de la saison 2019-2020. Le Conseil d’État avait suspendu cette décision en urgence avant de l’annuler. Depuis la saison 2020-2021, des arrêtés successifs empêchent de nouveau la chasse de l’espèce en métropole.
Le courlis cendré est également couvert par un plan d’action adopté en 2015 dans le cadre de l’Accord sur la conservation des oiseaux d’eau migrateurs d’Afrique-Eurasie, appelé AEWA. La France fait partie des pays engagés dans ce dispositif international.
Ce plan conditionne notamment une éventuelle reprise de la chasse à la mise en place d’une gestion internationale et adaptative des prélèvements. Le ministère justifie la prolongation du moratoire par l’état des populations et l’avancement insuffisant de ce mécanisme.
Deux sous-espèces de barge à queue noire fréquentent la France, mais leurs populations ne suivent pas la même évolution.
La barge continentale, Limosa limosa limosa, est classée vulnérable en France et demeure en fort déclin. La barge islandaise, Limosa limosa islandica, classée quasi menacée, a progressé au cours des dix dernières années.
Cette différence ne permet pas d’autoriser uniquement la chasse de la population islandaise. Les deux sous-espèces sont très difficiles à reconnaître à l’œil nu et ne peuvent pas être distinguées de manière fiable au moment d’un tir.
Le ministère indique également que des barges continentales restent désormais plus tardivement en France pendant l’hiver. Il met cette évolution en relation avec le réchauffement climatique et s’appuie sur des suivis par balises et par lecture de bagues. Un individu continental a notamment été confirmé en hivernage en France en 2026, sans que cette observation isolée suffise à mesurer l’ampleur du phénomène.
Une reprise des prélèvements visant les barges islandaises exposerait donc aussi la population continentale en déclin. Le plan international de l’AEWA consacré à la barge à queue noire, renouvelé en 2018 pour dix ans, interdit par ailleurs sa chasse dans les pays signataires.
Le Conseil d’État a annulé en novembre 2024 trois arrêtés qui suspendaient en 2023 la chasse du courlis cendré, de la barge à queue noire et de la tourterelle des bois. Cette décision ne remettait pas en cause les motifs écologiques des moratoires.
La juridiction avait sanctionné la durée trop courte de la consultation publique. Le public n’avait disposé que de six jours pour contribuer, au lieu des vingt et un jours normalement prévus par le code de l’environnement. L’urgence invoquée par le ministère ne reposait, selon le Conseil d’État, sur aucune circonstance objective indépendante de son propre retard.
Pour le moratoire de 2026, la consultation s’est déroulée du 3 au 24 juillet. L’arrêté a ensuite été signé le 29 juillet, cinq jours après sa clôture.
Le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage a examiné le projet le 23 juin 2026. Il a rendu un avis majoritairement défavorable, avec 12 voix contre et 7 voix pour. Cet avis étant consultatif, le Gouvernement pouvait néanmoins adopter le moratoire.
La consultation publique a recueilli 3 537 contributions. Leur nombre ne constitue pas un vote et ne permet pas, à lui seul, de mesurer la représentativité des différentes positions exprimées.
Pour les chasseurs, la conséquence est immédiate : aucun courlis cendré ni aucune barge à queue noire ne peut être légalement prélevé en France métropolitaine jusqu’au 1er juillet 2027. Une éventuelle évolution après cette date dépendra de nouvelles décisions nationales, de l’état des populations et des engagements internationaux de la France.
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