Neige de la Sierra Nevada : jusqu’à 7 500 microplastiques par m² et par jour
Des chercheurs de l’université de Californie à Riverside ont mesuré, tempête par tempête, les microplastiques apportés par la neige dans la Sierra Nevada. Sur les sites isolés, les chutes de neige en déposent de 270 à 3 200 particules par mètre carré et par jour, et jusqu’à 7 500 près d’une station de ski. L’étude ne mesure ni l’exposition humaine ni la quantité de plastique qui rejoint l’eau potable.
La neige fraîche n’est pas exempte de plastique, y compris loin de toute habitation. Une étude parue le 27 octobre 2026 dans la revue Environmental Science & Technology, présentée le lendemain par l’université de Californie à Riverside (UCR), quantifie pour la première fois les dépôts de microplastiques pendant des épisodes neigeux individuels dans la Sierra Nevada, la chaîne de montagnes de l’est de la Californie.
Des particules ont été retrouvées sur les sept sites échantillonnés, dont certains n’étaient accessibles qu’en télésiège ou à skis. Les chercheurs observent surtout que les épisodes de neige apportent nettement plus de plastique que les périodes sèches : en tombant, les flocons captent les particules en suspension dans l’air et les ramènent au sol, un mécanisme de lessivage de l’atmosphère.
Jusqu’à 7 500 particules par mètre carré près d’une station de ski
Au plus fort des tempêtes, les sites isolés ont reçu entre 270 et 3 200 particules de plastique par mètre carré et par jour. Sur un site du domaine skiable de Mammoth Mountain, le dépôt atteignait 2 600 à 7 500 particules, soit environ trois fois plus. La proximité d’activités humaines et des chutes de neige plus abondantes figurent parmi les explications avancées, sans avoir été démontrées.
Converti en masse, le taux le plus élevé estimé par l’équipe représente environ 1,5 gramme de plastique par acre et par jour, soit près de 3,7 grammes par hectare. Ces chiffres décrivent des épisodes de tempête, et non une moyenne annuelle : ils ne peuvent pas être multipliés par 365 pour obtenir un bilan sur l’année.
Les polymères les plus fréquents sont le polyéthylène et le polypropylène, très utilisés dans les emballages, ainsi que le polyester (PET), présent dans les bouteilles et les fibres textiles. Des dérivés de cellulose, d’origine végétale mais transformés industriellement, ont également été identifiés. Les particules ont été analysées par spectroscopie infrarouge, puis comparées à une bibliothèque de référence afin de les distinguer des débris de sol ou de végétaux. Les données brutes et le code d’analyse ont été déposés en accès libre sur la plateforme Zenodo.
Des masses d’air passées au-dessus de la vallée Centrale
En reconstituant la trajectoire des masses d’air à l’origine des tempêtes, les chercheurs constatent que la plupart avaient survolé les comtés de Fresno et de Madera, dans la vallée Centrale de Californie, une région agricole et urbanisée située à l’ouest du massif. Cette zone pourrait contribuer aux dépôts, mais les modèles ne permettent ni d’identifier des sources précises ni d’exclure un transport depuis des régions plus lointaines.
Un résultat proche de ce qui avait été mesuré dans les Pyrénées
Les Pyrénées françaises ont fourni l’une des premières démonstrations de ce transport atmosphérique vers des zones isolées. En 2019, une équipe de chercheurs publiait dans Nature Geoscience des mesures réalisées pendant cinq mois dans un bassin versant de montagne reculé du massif. Elle y relevait en moyenne 249 fragments, 73 films et 44 fibres de plastique par mètre carré et par jour, avec un transport estimé jusqu’à 95 kilomètres.
Ces valeurs, de l’ordre de 366 particules par jour, se situent dans le bas de la fourchette mesurée en Sierra Nevada. La comparaison reste indicative : l’étude pyrénéenne couvrait plusieurs mois de dépôts secs et humides, alors que l’étude californienne isole les épisodes neigeux, et les deux équipes n’ont pas employé les mêmes seuils de taille ni les mêmes protocoles.
Ce que l’étude ne permet pas encore de dire
Le manteau neigeux de la Sierra Nevada fournit environ 30 % de l’eau douce de la Californie, selon l’UCR. L’étude ne mesure pourtant pas la part de ces microplastiques qui rejoint les rivières, les réservoirs ou l’eau potable, et elle n’évalue aucun effet sur la santé. Le devenir des particules au moment de la fonte, piégées dans les sols, entraînées par le ruissellement ou remises en suspension par le vent, reste la principale inconnue pour estimer l’exposition réelle des populations en aval.
Sources principales
- University of California, Riverside : Fresh as the microplastic-laden Sierra snow (28 octobre 2026)
- Zenodo : données de l’étude Event-Scale Deposition Rate of Atmospheric Microplastics in the Snow of the Sierra Nevada, USA (Karapetrova, 2026)
- Nature Geoscience : Atmospheric transport and deposition of microplastics in a remote mountain catchment (Allen et al., 2019)