Rivières du monde : 2025 parmi les années les plus sèches en 35 ans

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Rivières du monde : 2025 parmi les années les plus sèches en 35 ans
  • Plus de 36 % de la superficie des bassins mondiaux a connu des débits inférieurs à la normale.
  • Depuis sept ans, seuls 34 à 38 % des bassins présentent chaque année des débits considérés comme normaux.
  • Les réserves d’eaux continentales diminuent depuis le milieu des années 2010.
  • Les glaciers ont perdu 408 ± 132 gigatonnes de masse durant l’année hydrologique 2025.
  • En France, 61 % des points de suivi des nappes étaient sous les normales au 1er septembre 2026.

Les rivières du monde ont connu en 2025 l’une de leurs années les plus sèches depuis 35 ans en termes de débit. Le rapport sur l’état des ressources en eau publié le 17 septembre 2026 par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) montre que les écoulements ont été inférieurs à la normale sur plus de 36 % de la superficie des bassins hydrographiques mondiaux.

La situation n’a pas été uniformément sèche : certains bassins ont au contraire enregistré des débits très supérieurs à la normale. Le rapport met surtout en évidence la répétition des anomalies. Au cours de chacune des sept dernières années, seuls 34 à 38 % des bassins se sont situés dans la catégorie « normale », contre 46 % en moyenne sur la période de référence 1991-2020. Dans le même temps, les réserves d’eau continentales et les glaciers suivent une tendance à la baisse.

Plus de 36 % de la superficie des bassins sous les normales

L’estimation mondiale des débits repose notamment sur des simulations issues de 13 modèles hydrologiques mondiaux alimentés par des observations météorologiques. Le chiffre de 36 % correspond donc à la superficie des bassins présentant des écoulements inférieurs à la normale, et non à 36 % du nombre de rivières ou de bassins de la planète.

Les situations les plus sèches ont concerné plusieurs grandes régions. Des débits inférieurs à très inférieurs à la normale ont été observés dans une grande partie de l’Amérique du Nord, dans les bassins de La Plata et du São Francisco en Amérique du Sud, dans plusieurs bassins d’Europe de l’Est, au Moyen-Orient et en Asie centrale.

À l’inverse, les débits ont été supérieurs ou très supérieurs à la normale en Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que dans certaines parties du nord de l’Amérique du Sud. En Afrique, les bassins du Sénégal, du Niger, du lac Tchad, de l’Orange et du Limpopo ont enregistré des écoulements supérieurs à la normale, tandis que ceux du Nil, du Congo et du Zambèze ont connu des débits très inférieurs.

Sur la période 2021-2025, des débits inférieurs à la normale ont par ailleurs été observés de façon récurrente dans de vastes secteurs des bassins de l’Amazone et de La Plata, en Amérique du Nord, en Afrique centrale et orientale, en Asie centrale et au Moyen-Orient.

Les réserves d’eau continentales diminuent depuis une décennie

Le débit des rivières ne représente qu’une partie du cycle de l’eau. L’OMM suit également les réserves d’eaux continentales, qui regroupent l’eau stockée dans les nappes souterraines, les lacs et les cours d’eau, mais aussi l’humidité des sols, la végétation, la neige et la glace.

Ces réserves présentent une tendance négative persistante depuis la période 2014-2016, avec une superficie croissante confrontée à des niveaux de stockage inférieurs à la normale.

Entre 2021 et 2025, les déficits ont notamment été récurrents dans le sud-ouest des États-Unis, en Patagonie et dans les Andes subtropicales, aux sources du Gange et de l’Indus, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie centrale et dans l’est de la Chine. Des anomalies positives persistantes ont à l’inverse concerné certaines parties de l’Afrique subsaharienne, du Sahel et du plateau tibétain.

En 2025, les réserves étaient notamment inférieures à la normale dans le nord et le sud-ouest de l’Amérique du Nord, en Patagonie, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, en Asie centrale, dans l’est du Brésil, le nord de l’Inde, certaines régions d’Europe du Nord, de Russie, de Chine et d’Afrique du Nord. L’Afrique centrale et australe conservait en revanche plusieurs zones où les stocks étaient très supérieurs à la normale.

Près de deux tiers des puits suivis hors de leur situation habituelle

Les eaux souterraines présentent elles aussi d’importantes disparités. En 2025, près des deux tiers des puits surveillés dans le monde affichaient des conditions sortant de leur plage historique habituelle. La répartition s’est davantage orientée vers les situations déficitaires qu’en 2024.

Des déficits persistants entre 2022 et 2025 ont été observés dans certaines parties des Amériques, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Inde, d’Afrique australe et d’Australie. Des niveaux inférieurs à très inférieurs à la normale ont notamment concerné l’Europe centrale et orientale, le centre des États-Unis, certaines régions du Mexique, du Chili et du Brésil, le nord de l’Afrique du Sud, le nord-ouest de l’Inde et le sud de l’Australie.

D’autres territoires présentaient au contraire des niveaux supérieurs à la normale en 2025, notamment certaines parties de la France, une grande partie de l’Europe du Nord, le sud-est des États-Unis, de vastes secteurs d’Afrique du Sud, l’Asie du Sud-Est et l’est de l’Australie.

Le réseau mondial de puits reste toutefois inégalement réparti. Cette proportion proche des deux tiers concerne les points effectivement suivis et ne signifie pas que deux tiers de l’ensemble des réserves souterraines de la planète se trouvent hors des normales.

408 gigatonnes de masse glaciaire perdues en un an

Les glaciers ont perdu 408 ± 132 gigatonnes de masse durant l’année hydrologique 2025. Selon l’OMM, cette perte correspond à une contribution de 1,1 ± 0,4 millimètre à l’élévation du niveau moyen des mers.

Toutes les grandes régions glaciaires ont enregistré une perte nette pour la quatrième année consécutive. Entre 2023 et 2025, les pertes cumulées atteignent environ 1 400 gigatonnes d’eau.

L’Asie centrale, le sud-ouest de l’Asie, l’Arctique russe, l’Islande, l’ouest du Canada et les États-Unis ont enregistré en 2025 des bilans de masse glaciaire figurant parmi les trois plus négatifs jamais mesurés dans leurs régions respectives.

La fonte peut dans un premier temps augmenter le ruissellement provenant des glaciers. Cet apport finit cependant par diminuer lorsque leur volume se réduit. Certaines régions dominées par de petits glaciers, notamment le Caucase, l’ouest du Canada, les États-Unis et l’Europe centrale, pourraient déjà avoir atteint le « pic d’eau », le stade auquel le ruissellement glaciaire atteint son maximum avant de décroître.

En France, les nappes se sont dégradées en 2026

Les niveaux d’eaux souterraines supérieurs à la normale observés par l’OMM dans certaines parties de la France concernent l’année 2025. La situation a évolué depuis. Au 1er septembre 2026, le BRGM relevait des niveaux en baisse sur 90 % des points de surveillance et des nappes sous les normales mensuelles sur 61 % des points. Un an auparavant, cette dernière proportion était de 44 %.

Les données françaises de septembre 2026 et le bilan mondial de l’OMM pour 2025 ne sont pas directement comparables : les périodes, les réseaux d’observation, les indicateurs et les références statistiques diffèrent. Le suivi du BRGM montre néanmoins une dégradation récente des nappes phréatiques françaises, après un déficit de pluies efficaces persistant depuis le printemps.

Les eaux de surface ont elles aussi été affectées pendant l’été 2026 : au début du mois d’août, 43 % des stations observant les petits cours d’eau étaient en rupture d’écoulement ou à sec. Les nappes et les rivières ne réagissent toutefois pas au même rythme aux précipitations, aux températures et aux prélèvements.

Le suivi mondial s’étend, mais reste inégal

Depuis la première édition du rapport en 2021, le nombre de variables hydrologiques analysées par l’OMM est passé de trois à quinze. L’évaluation associe des mesures réalisées au sol, des observations satellitaires et des modèles hydrologiques mondiaux.

La couverture des mesures de terrain s’est également élargie. La première édition utilisait des données provenant de sept pays et de 14 stations fluviales. Le rapport 2025 bénéficie de contributions de 68 pays et de plus de 3 000 stations.

Les observations restent néanmoins moins nombreuses dans certaines des régions les plus exposées. L’Afrique et l’Asie figurent encore parmi les continents les moins représentés dans les données hydrologiques du rapport. Sur les cinq années 2021-2025, ces deux continents ont concentré ensemble au moins la moitié des événements extrêmes liés à l’eau recensés et plus de 80 % des décès associés qui ont été signalés.

Les différentes composantes du cycle de l’eau n’évoluent pas à la même vitesse. Les précipitations, l’humidité des sols et les cours d’eau peuvent réagir en quelques jours ou quelques semaines, tandis que les nappes souterraines, les glaciers et le manteau neigeux accumulent ou perdent de l’eau sur des périodes allant de plusieurs saisons à plusieurs décennies. Leur suivi conjoint permet de distinguer une anomalie ponctuelle d’une évolution plus durable des ressources disponibles.

Sources principales

Crédit image : European Union, Copernicus Sentinel-2 imagerylicence Copernicus Sentinel. Image d’illustration.

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